Police politique ?

Publié le par UFO



Editorial du Monde.fr :

Officiellement, il n'y a plus de police politique en France. Les Renseignements généraux (RG) n'enquêtent donc plus sur les partis politiques. Pourtant, à chaque élection présidentielle, on voit resurgir les RG. Dans son numéro du 24 janvier, Le Canard enchaîné a ainsi révélé que les RG avaient mené une enquête, sur "ordre en provenance du cabinet" du ministre de l'intérieur, sur Bruno Rebelle, ex-directeur de Greenpeace France devenu le conseiller environnement de Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy a qualifié ces accusations de "ridicules". Mais l'affaire fait grand bruit. Et Mme Royal a demandé, jeudi 25 janvier, à Jacques Chirac d'"assurer le bon fonctionnement" de la campagne.

M. Sarkozy ne pourra pas en rester là et se contenter de répondre par une pirouette. La question est simple : les RG, qui mènent des investigations sur toutes les organisations qui, de l'extrême droite à l'extrême gauche - et, depuis longtemps, sur Greenpeace -, sont soupçonnées de "contestation" ou de "violence", ont-ils diligenté une enquête sur l'entourage de Mme Royal ? Si oui, l'enquête est-elle due à un effet de zèle d'un fonctionnaire ou à une instruction du ministre ? En clair, y a-t-il eu "rupture" avec les pratiques antérieures ou les RG - qui explorent préventivement les lieux où se déplace le ministre de l'intérieur - agissent-ils toujours comme une police politique ?

En juin 2005, de retour au ministère de l'intérieur, M. Sarkozy, faisant alors allusion à l'affaire Clearstream, avait expliqué qu'il entendait bien, depuis la place Beauvau, déjouer les "manoeuvres" qu'il redoutait de voir lancées contre lui. "Je serai mieux protégé par l'intérieur, c'est plus efficace que les 150 permanents de l'UMP", avait confié le numéro deux du gouvernement. Il accréditait ainsi l'idée que des services du ministère de l'intérieur - la DST était mise en cause dans l'affaire Clearstream - pourraient violer les libertés publiques et l'Etat de droit à des fins politiques.

Cette affaire repose clairement la question du maintien de M. Sarkozy au ministère de l'intérieur. On pouvait déjà juger qu'il n'est pas sain que le ministre, chargé de l'organisation et du bon déroulement des élections, soit en même temps candidat. On peut ajouter qu'il est encore moins souhaitable, au regard des règles de la démocratie, qu'il soit aussi le ministre de la police. François Hollande a saisi l'occasion qui s'offrait de mettre en accusation le ministre et de dénoncer une "confusion des genres (qui) entraîne toutes les suspicions, laisse penser à toutes les manipulations". Pour devenir aussi "irréprochable" que la démocratie qu'il prétend incarner et ne pas donner prise à des soupçons sans fin, M. Sarkozy devrait, dans son intérêt même, quitter rapidement son ministère.

Source : LeMonde.fr & Sarkostique

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