Eduqués en enfer

Publié le par UFO

J'ai loupé le documentaire "Les enfants perdus de Tranquility Bay" (de Jean-Robert Viallet et Mathieu Verboud), diffusé sur F2 la semaine dernière. Heureusement que Ioan m'en a parlé ! Tortures et techniques de modification du comportement (reprogrammation mentale, formatage,...) sont légions dans ce centre. A suivre un article de Libération.fr sur le sujet.

Pour 30 000 dollars par an, des parents envoient leurs enfants «difficiles» dans des centres où ils sont torturés.

Steven est un Américain de 19 ans. Pendant deux ans, il a été envoyé par ses parents dans les centres de la World Wide Association for Speciality Programs (WWASP), organisation proche des mormons. A 12 ans, il est enlevé en pleine nuit par deux hommes. Sa mère a co-organisé son kidnapping avec les hommes de mains de la WWASP. Direction Paradise Cove, aux îles Samoa. Steven aperçoit des barbelés, des bungalows, des gamins blancs qui tournent en rond. Il est persuadé de rester trois mois. Il déchante vite : «Et là, j'ai fait la connaissance du cachot. J'étais allongé au sol, on me frappait là tête sur le sol et quand je hurlais, ils me mettaient du sable dans la bouche. [...]Et si je me vomissais dessus, et bien tant pis pour moi.» Encore n'est-ce là qu'un aperçu des tortures qui l'attendent : dans un autre camp, ce sera des heures à tourner en rond, puis l'écoute inlassable de témoignages d'Alcooliques anonymes. Steven a tenu deux ans dans cet enfer. Il en est sorti détruit.

Le fils de Paula Reeves, David, lui, n'est resté que huit mois à Tranquility Bay, en Jamaïque, mais depuis il vit prostré, incapable de rien raconter. Ni des coups de matraques électriques, ni des privations de nourriture, ni de «l'observation» qui consiste à rester sur le sol, immobile, pendant des heures, des jours. Une jeune fille serait restée en «observation» dix-huit mois.

Le documentaire, le premier en France, suit le travail de Paula Reeves, avocate qui a décidé de lutter contre la WWASP. Elle en trouve l'occasion avec le procès en conspiration et diffamation intenté par l'association contre Sue Scheff, mère de famille déterminée ­ et culpabilisée d'avoir envoyé son enfant en enfer. Son combat contre Robert Lichfield et ses troupes de la WWASP lui a déjà coûté un million de dollars (790 000 euros). Côté gros sous, la WWASP n'a rien à craindre : chaque «programme» coûte 30 000 dollars par an (environ 23 600 euros). Et il se trouve chaque année plus de parents pour y envoyer leur enfant. Pourquoi ? La WWASP s'adresse aux parents d'enfants difficiles ou prétendument tels. Un couple témoigne, sans remords, sur une chaîne américaine : leur fils n'avait aucun problème, ni à l'école, ni avec la drogue, ni avec la police. Ils ont signé le contrat qui prévoyait le recours à la violence, sans broncher. Implacable, le documentaire analyse la maladie des parents : le rêve des enfants parfaits, et tant pis s'il faut les enfermer dans des camps, les surmédicaliser, les reprogrammer. L'industrie privée exploite ce fantasme. Chiffre d'affaires pour 2005 : 60 milliards de dollars (47,25 milliards d'euros), en progression de 25 %.


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Publié dans Divers

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